Le 24 août 2026
Bonjour,
Suite des Rencontres d'Arles...
Avec mon compagnon photographe, on ne manque jamais les Rencontres d'Arles. Mais à chaque fois c'est le même sentiment contradictoire qui m'assaille ; je suis à la la fois curieuse et assoiffée de découvertes, heureuse de suivre des artistes dont j'apprécie la démarche et/ou les images et, en même temps, insatisfaite de ces visites qu'on enchaîne, alors que certaines expos mériteraient qu'on s'attarde, qu'on échange plus longuement, qu'on marque une vraie pause pour digérer parfois ou pour se laisser porter, envahir, éblouir...
La Rétrospective de Alain Keler en est un parfait exemple. C'est une pépite, on aimerait y passer une journée. Soixante années d'un travail remarquable de photoreportages dans les turbulences du monde (la quantité de pays parcourus est édifiante), des images toutes en noir et blanc, publiées au fil des événements dans la presse (pas forcément celles qu'aurait sélectionnées l'auteur). Mais le trop plein et l'urgence ont fini par trouver leurs limites : "Je n'arrivais pas à poser mes valises auprès de ceux que je voulais photographier (...) Si je continuais comme ça, mes rêves photographiques allaient se fracasser dans un temps que je ne maitrisais pas". Alors, après avoir fait partie de l'agence Sygma, il a rejoint Myop pour plus de liberté. Il a repris ses nombreuses notes et ses carnets. Et, pour chacune des photos qu'il a choisi de montrer ici, une légende instructive, détaillée, personnelle, engagée, intime presque. Si vous regrettez comme moi que ces textes soient présentés si bas et si peu éclairés, vous pourrez accéder à l'ensemble des textes en cliquant ICI. C'est passionnant.
Alain Keler consacre un coin à sa famille, à ses parents qui vieillissent et on découvre quelques extraits en couleur d'un album de famille, débuté tout jeune avec des photos "naïves et maladroites" et repris beaucoup plus tard pour garder trace d'une mémoire, questionner une identité. Après avoir fui les disputes familiales, "la photographie devenait un moyen d'accompagner mes parents et de les découvrir". Ses images s'ajouteront à celles annotées par sa mère, ainsi qu'à 2 cassettes qu'elle a pris soin d'enregistrer "avant d'être atteinte de la maladie de l'oubli", elle qui d'origine juive polonaise, avait tant à transmettre.
A voir dans le vaste espace des Douches municipales, jusqu'au 4 oct.
Un immense coup de cœur aussi pour l'univers de Ming Smith et l'expo Lueur nomade : https://www.photo-graphie.org/index.php/coups-de-coeur/#Smith
Passionnée de musique et de danse, mariée au jazzman David Murray, elle le suit dans ses concerts jusqu'en Europe. Et ses photos de musiciens noirs « ne sont pas noir et blanc, elles sont dark and shine, obscurité et éclat ; il ne s’agit pas de brouiller et de flouter, mais de nous transformer, nous secouer, nous faire frémir », écrit Namwali Serpell dans l’ouvrage qu’Aperture consacre à Ming Smith. Des images d'une grande beauté, très libres, comme peuvent l'être certains morceaux de jazz. Féministe, admiratrice d'Angela Davis, Ming Smith adhère au collectif Kamoinge, regroupement de photographes afro-américains qui tentent de reprendre le contrôle de l’image de leur communauté. Portée par ce collectif (dont elle est au début la seule femme), rebelle et créative, elle juxtapose photographie, peinture et collages. Un magnifique autoportrait d'elle date de 1988. Comme beaucoup, je la découvre seulement maintenant, il était temps !
A l'église Sainte-Anne, jusqu'au 4 oct
Dans le Off, Dominique Figeat nous a recommandé chaudement l'expo collective Au bord des mondes, habiter les territoires, survivre aux fractures, organisé par l'association La Kabine. Merci à lui.
Certes, le lieu est un peu excentré (à 8 mn à pied de l'espace Croisières), mais il gagne à être connu. Une "excellente occasion de se distraire des grandes institutions arlésiennes, Luma en tête, et de découvrir son travail formidable en faveur de l’animation et de la formation artistique", écrit Dominique Figeat. L'expo réunit "huit photographes venus de différents territoires du monde autour du thème des espaces en marge, vulnérables, en transformation. Des plages de Gaza aux femmes des quartiers populaires en France en passant par les territoires sacrés du Burkina Faso, les huit projets documentaires rendent sensibles les bouleversements écologiques, politiques, sociaux qui les affectent. Avec délicatesse et émotion, ils nous questionnent sur une terre qui disparait et se transforme" (coup de cœur complet sur : https://photo-graphie.org/index.php/coups-de-coeur/#Kabine)
Nous avons été particulièrement touchés par la série de Masoumeh Bahrami The Tears of Montherland qui documente la disparition progressive de la zone humide de Miankaleh en Iran et par celle de Ismail Abu Ata Au delà du ciel et de la mer, sur le quotidien, dans des tentes ou des abris de fortune, des familles déplacées dans Gaza bombardée. Ainsi que par les témoignages recueillis par Caroline Arante qui accompagnent sa série First Generation, consacrée à l'identité des femmes françaises d'origine africaine nées en France
Le lieu s'appelle le Printemps, il est situé 2 av Lafayette, ouvert du ma au dim de 11h à 18h jusque fin août, puis du jeudi au dim de 13 à 19h jusqu'au 20 sept.
Et aussi...
Harry Gruyaert, Le sens du lieu, à la Chapelle Saint Martin du Méjan, jusqu'au 4 octobre.
Pentti Sammallahti, à l'espace Croisières, jusqu'au 4 octobre.
Paul Kodjo, Photoromance, à Croisières également, jusqu'au 4 octobre.
Pendant ce temps, à Marseille...
La photographe Rachele Cassetta, l'une des lauréates du prix Polyptyque 2026 organisé par le Centre Photographique de Marseille en partenariat avec le studio AZA, exposera sa série Croyances fin août aux Docks village. On avait beaucoup aimé son ouvrage tout en finesse Méandres d'une île, Port Cros, publié chez Bizalion éditeur (voir mon coup de cœur ICI) On a hâte de découvrir les ébauches de cette nouvelle série.
Les Docks Village, 10 place de la Joliette, du 28 au 30 août.
Elle a beaucoup œuvré pour les autres au sein de l'association La Fontaine Obscure. Elle se consacre à présent corps et âme à ses projets personnels et ils sont à la fois puissants et émouvants. Brigitte Manoukian exposera sa Trilogie libanaise à Maupetit côté galerie et on s'en réjouit. L'occasion de découvrir pour ceux qui l'ont raté à Arles sa dernière série Nayla, le livre éponyme en français et en arabe avec des textes de Chaza Charafeddine (Bizalion éditeur). Ainsi que son travail photo-céramique Balbeek-Beyrut mené en coopération avec l'atelier Buffile.
Maupetit côté galerie, du 3 sept au 7 oct, du lundi au sam de 10h à 19h. Vernissage jeudi 3 sept à 18h.
A Marseille encore, le temps d'un week-end, sous la gouverne de Michaël Serfaty et William Guidarini, le Pangolin nous invite à découvrir les propositions des 15 photographes sélectionnés (parmi une soixantaine de participants) sur le thème La nuit, je mens. Jamais ici de sujet bateau qu'on pourrait trouver dans une banque d'images, mais des sujets subtils, porteurs d'une symbolique. Pas facile de surprendre tout en restant dans le cadre... Un appel à projets est lancé à chaque rentrée depuis maintenant 3 ans et les rencontres sont toujours riches et conviviales ! Affiche et liste des auteurs sélectionnés ICI.
Le Pangolin, 131 corniche Kennedy, samedi 5 sept de 17h à 20h et dim 6 sept de 14h à 19h. Vernissage et rencontre avec l'ensemble des photographes le sam à 18h.
Une autre sélection mais sous forme de concours est organisée conjointement par OLAB et la galerie Paradigme. Vous pouvez y participer jusqu'au 6 sept. avec une série en argentique uniquement, sur le thème Ce qui reste (infos sur l'Instagram Paradigme). Les résultats seront annoncés à Paradigme le 10 sept alors que la galerie fêtera ses 2 ans. Bastiendegui, créateur de ce lieu, qui accompagne avec bienveillance des photographes ou apprentis photographes au fil de l'année, y exposera ses propres images sous le titre Rêve encore.
Paradigme, 1 montée du Saint Esprit. Vernissage, résultats du concours et fête des 2 ans le 10 sept de 18h à 20h.
Une bonne nouvelle : l'expo Marseille vue par les Detaille - 164 ans de photos que présente le Musée d'histoire de Marseille (et dont je vous ai déjà parlé) connait un tel succès qu'elle est prolongée jusqu'en juin 2027. C'est au 2 rue Henri Barbusse, de 9h à 18h, tous les jours sauf le lundi. Et l'entrée est libre.
Par contre, et malgré un succès tout aussi grand, l'expo Bonnes Mères visible au Mucem (évoquée précédemment aussi) fermera malheureusement ses portes le 31 août. Plus que quelques jours !
MUCEM, espace J4, de 10h à 20h sauf le mardi, puisqu'il s'agit d'un musée national.
Dans la prochaine newsletter, des expos parisiennes, dont celle de Madeleine de Sinéty, Une vie au musée du Jeu de Paume, qu'on a très envie de découvrir à la lecture du coup de coeur que vient de nous envoyer Marie Baudry : https://photo-graphie.org/index.php/coups-de-coeur/#Sinety
Au plaisir de découvrir les vôtres et de vous lire en retour,
Pour Photo#graphie
Aline